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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

critique de LES HUIT SALOPARDS

Publié le 8 Janvier 2016 par Romain Jankowski

critique de LES HUIT SALOPARDS

Trois ans après l'exceptionnel DJANGO UNCHAINED, Quentin Tarantino, l'un des cinéastes majeurs de notre époque, revient avec son style reconnaissable entre tous à base de violence outrancière, de dialogues à rallonge superbement écrits et de narration complètement folle. Trois heures de pure délire méta pour une proposition de cinéma comme on n'en voit quasiment jamais.

On peut reprocher beaucoup de choses au réalisateur, sa filmo n'est pas parfaite, sa haute estime de lui-même le pousse parfois à en faire trop. En revanche, on ne peut nier son gigantesque talent où il a ingurgité tous les films qu'il a vu pour en tirer d'autres absolument inclassables. La même chose se reproduit avec son huitième film, OVNI cinématographique qui prend l'exact contrepied de DJANGO UNCHAINED. Impossible de sortir indemne de ces trois heures, d'une manière ou d'une autre. Ce sera assommant pour certains mais force est de constater que ces salopards en ont dans le bide. Fort de sa direction d'acteurs toujours monstrueuse, QT livre un film monumental sur les déboires de la violence, de la paranoïa et du racisme ambiant de l'aprés-guerre (celle de Sécession, ici). Il faut surtout accepter d'être dans l'inconnu avant d'avoir les réponses lors d'un troisième acte prodigieux d'ingéniosité. Sa fameuse déstructuration narrative sert un récit haut de gamme et pourtant d'une simplicité désarmante. Plus qu'un western, plus qu'un film d'horreur, plus qu'une comédie, LES HUIT SALOPARDS c'est tout ça et son contraire, peut s'emballer en une seconde comme rendre une discussion plus que malsaine (celle où Samuel L.Jackson parle d'un flash-back, probablement LA scène du film).

Tarantino fluidifie encore sa mise en scène à coup de travellings ravageurs faisant monter l'angoisse et la suspicion de minute en minute. Sans oublier ce décor, ces montagnes, ce froid qui dévore tout sur son passage dans une image indélébile. C'est un cinéma à l'ancienne bien trop long, effectivement, mais diablement efficace. Qui peut se targuer de cela aujourd'hui ? Faire un film de 3h sans scène d'action pyrotechniques avec deux décors seulement ? Probablement personne. Surtout, le cinéaste n'oublie jamais sa marque de fabrique : le décalage. Ses personnages sont des tarés mis dans des situations tordantes (le coup de la porte qu'il faut clouée, running gag génial) puis soudainement dangereuses. Des personnages portés par des acteurs incroyables avec, en tête, Jennifer Jason Leigh, qui domine tous ses adversaires masculins grâce à ses mimiques toujours très justes et les insanités qu'elle sort. Épaulée par un Kurt Russell qu'on n'avait plus vu aussi bon depuis longtemps et un Tim Roth délicieusement sournois. Sans oublier Michael Madsen et Walton Goggins. Mais encore une fois, comme souvent chez le cinéaste auquel il est habitué, c'est Samuel L.Jackson qui rafle tout avec un personnage ambigu qui ne sert que ses propres intérêts. Sans oublier son rire dément que l'on est pas prêt s'oublier !

LES HUIT SALOPARDS ne s'accrochera qu'aux spectateurs qui s'accrocheront à lui. Il ne se veut pas grand public, ni austère, il représente une version désuète du cinéma tout en la modernisant diablement. Aucun compromis ici hormis d'embarquer dans une histoire hors normes. Il sera difficile de faire plus radical cette année.

LES HUIT SALOPARDS 2h47

Un film réalisé par Quentin Tarantino

Avec Samuel L. Jackson, Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins, Kurt Russell.

NOTE GLOBALE : 18 / 20

critique de LES HUIT SALOPARDS
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