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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

LE RETOUR D'UN CINEMA ENGAGE ?

Publié le 10 Septembre 2015 par Romain Jankowski

LE RETOUR D'UN CINEMA ENGAGE ?

Il fut un temps, notamment dans les années 60, où le cinéma se faisait le porte-parole d'une société vacillante. Après quelques années d'errance, il semble rebondir de nos jours où de graves crises, et économique et humanitaire, font rage. Retour sur un genre en soi.

Les années 60-70 regroupent une période où le contexte géo-politique était assez trouble. La guerre froide, les tremblements révolutionnaires en France, les dictatures sud-américaines ou encore celle d'Espagne. Comment s'exprimer quand la censure et l'idée uniforme font rage ? D'une manière détournée et le cinéma s'avère être le parfait média pour cela. On retiendra en tête la géniale trilogie à thématique politique de Costa-Gavras entamée avec le chef d'oeuvre absolu Z, en 1969. Ce film qui retrace la Grèce des colonels marque aussi le début d'une magnifique collaboration du cinéaste avec l'acteur Yves Montand. De là, une politisation du cinéma aura lieu notamment grâce à de grands cinéastes engagés et frontaux : Francesco Rosi et l'Italie de toutes les compromissions, Carlos Saura et l'Espagne franquiste, Théo Angelopoulos avec son terrassant LE VOYAGE DES COMEDIENS (oeuvre à redécouvrir d'urgence !) et sa critique de la dictature grecque, sans oublier le grand Alan J. Pakula qui aura fait de sa carrière une sorte de grand mouvement politique déguisé notamment dans son magnifique LES HOMMES DU PRESIDENT(photo ci-dessous). Dans un registre moins célébré, il y aura aussi Andrezj Wajda avec L'HOMME DE MARBRE, grand moment de cinéma sur le stakhanovisme.

Ces réalisateurs racontent leurs histoires et leurs troubles à l'heure de l'espionnage et de la perte de libertés personnelles. Ce que prouve les années 80 où l'individualisme et le scepticisme semblent avoir gagné du terrain. C'est également la période des grands divertissements, l'âge d'or hollywoodien et ses golden boys (Spielberg, Cameron, Zemeckis). Tout juste retiendra t-on les troubles de Nanni Moretti avec sa trilogie gauchiste BIANCA, LA MESSE EST FINIE et PALOMBELLA ROSSA. Mais le véritable choc politique de cette décennie sera l'avénement de Spike Lee et son DO THE RIGHT THING (photo ci-dessus) , cinglante critique de la place des Noirs dans la société américaine et le racisme quotidien de cette dernière. De là, naîtra également un nouveau créneau musical représenté par les N.W.A (dont le film sort le 16 septembre) et la naissance de l'art "underground".

Les années 90 feront la part belle aux britanniques comme Ken Loach ou Mike Leigh. Le cinéma engagé se désintègre peu à peu et le politiquement correct gagne du terrain. Les années 2000 ne seront que l'incarnation d'un surplus de divertissement jusque 2008 et la crise des subprimes. Là, le cinéma se réveille, les auteurs montent au front et une nouvelle ère semble se profiler. Il n'y a qu'à voir le MARGIN CALL de J.C Chandor, SAMBA du duo Toledano et Nakache ou l'oeuvre éminemment provocatrice sur le capitalisme de Scorsese, LE LOUP DE WALL STREET (qui marquera fortement notre époque) pour s'en convaincre. Il y a aussi ces cinéastes d'autres pays, peu connus mais terriblement frondeur. Le cinéma social renaît totalement de ses cendres et la France lui fait la part belle jusque dans ses comédies (le carton QU'EST-CE QU'ON A FAIT AU BON DIEU ?). Cette année on aura d'ailleurs pu voir LA TETE HAUTE ou encore DHEEPAN squatter les plus hautes marches de Cannes.

LE RETOUR D'UN CINEMA ENGAGE ?
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