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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

QUAND L'HORREUR NE FAIT PLUS PEUR

Publié le 3 Mars 2015 par Romain Jankowski

QUAND L'HORREUR NE FAIT PLUS PEUR

A l'occasion de la sortie de LAZARUS EFFECT le 11 mars prochain, il est légitime de se pencher sur ce phénomène de plus en plus flagrant : la décadence des film dits d'horreur.

D'abord, convenons que ce n'est pas un genre abordable pour tout le monde, certains sont contre les excès de violences, d'autres n'aiment pas se faire peur. Il est vrai que son but initial et de nous faire ressentir des émotions sombres mais vivantes, ce qui est une grande qualité malgré tout. Les parcs d'attractions marchent sur le même mode : l'anxiété, l'exaltation, l'euphorie. Parce ce qui suit quand on a peur devant une scène c'est souvent le rire. Le film d'horreur est présent pour purger nos peurs les plus secrètes et s'enthousiasmer à ressentir le plus violent des sentiments. L'autre sous-catégorie, le gore, est là pour satisfaire le corps humain de sa violence naturelle. Et parfois pour choquer et éveiller les consciences. Pourtant, depuis une dizaine d'années, difficile de s'enthousiasmer pour l'un d'eux. Jouant avec des effets de surprises ringards et des enjeux bas du front, peu s'en sont sortis. On peut remercier Jason Blum...

Jason Blum est un producteur qui a lancé une idée révolutionnaire : tourner ses films à moindre coûts et obligeant ses acteurs (souvent débutants) à être peu payé mais rémunéré sur les recettes. Malin, ses films ne coûtant qu'entre 2 et 5 millions, il est ainsi assuré d'être rentable dés le premier week-end de sortie. Mais il y a bien évidemment une contrepartie à tout cela : la qualité artistique. Bon, je vous l'accorde PARANORMAL ACTIVITY était pas mal trouvé, très réaliste et SURTOUT bien vendu. Résultat : 15 000 dollars de budget pour...193 millions de recettes ! Ouais, largement plus rentable la méthode Blum. Il enchaîne le superbe INSIDIOUS du non moins excellent James Wan auteur du meilleur film d'horreur de ces dernières années : CONJURING. Malheureusement, une brèche est ouverte, une brèche à navets. DARK SKIES, THE LORDS OF SALEM, AREA 51, THE BABY, APPOLLO 18... Des film ridicules.

On s'extasie très peu devant l'horreur moderne. L'ancienne c'est autre chose : MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE est carrément traumatisant avec son image sale et son ambiance anxiogène à souhait, HALLOWEEN fait toujours aussi froid dans le dos, VENDREDI 13 ne te donne pas envie de partir en camping avec tes amis. Tous ont en commun une imagerie forte, comme les films aux esprits frappeurs, avec POLTERGEIST, AMYTIVILLE, LA MAISON DU DIABLE et l'inévitable L'EXORCISTE. Pourquoi ce dernier reste t-il toujours comme LA référence aux yeux des cinéphiles et du grand public ? Parce qu'il traumatise littéralement par son contexte et son visuel, pas par des vulgaires effets de jaillissement. Il y aussi un véritablement fond, cette petite fille qui se sent seule et ce catholique aux nombreux traumas. L'épouvante est très progressive et la bande son terrassante. Si on prend un exemple récent sur le même thème, la comparaison fiât mal. ANNABELLE est un parfait exemple de la contre-performance cinématographique. Le film dure 1h40 et est équilibré d'une manière catastrophique. Il y a de longues séquences de dialogues vains et peu constructifs. Il y a ensuite un massacre puis...plus rien pendant vingt minutes. On se retrouve à avoir régulièrement des trous dans l'histoire et par conséquent aucune émotion forte. Il n'y a jamais de montée dans l'épouvante.

Mais la plaie ultime de l'horreur contemporaine c'est le found-footage, indiscutablement. Ce procédé cinématographique qui consiste à filmer son histoire caméra à l'épaule pour faire plus "réel". Lancé avec réussite dans LE PROJET BLAIR WITCH et poursuivi de main de maître par CLOVERFIELD, il s'est littéralement écroulé par la suite car devenu prétexte à faire n'importe quoi avec la caméra par manque de moyens évident. Seul REC est un sommet de terreur, carrément flippant dans une salle de cinéma. La suite, on la connaît. Les films virent souvent au grand bordel, les personnages sont tellement débiles que l'on ne peut pas s'attacher à eux. Les PARANORMAL ACTIVITY, franchise qui cartonne toujours autant, sont le meilleur exemple de cette horreur inexistante. On se demande encore comment cette saga peut avoir autant de succès...

Alors on fait des remakes, on essaie de retrouver la magie d'antan mais ça ne prend plus. Peut-être aussi le syndrome d'un genre difficile à renouveler. Pourtant, les spectateurs ne sont pas blasés, loin de là. Les films cartonnent. Mais vu les soucis récents dans les salles de cinéma, pas sûr qu'ils viennent pour les bonnes raisons...

Le constat paraît sévère mais il est évident. Même les films gores ne sont plus présents. Il y aura bien le talent fou et salvateur de Alexandre Aja avec ses très réussis LA COLLINE DES YEUX et PIRANHAS mais que penser de SAW par exemple ? Le premier est une réussite indéniable. Les autres sont répétitifs, incohérents et totalement gratuits dans leur violence extrême. Pour le reste, ils ne sont quasiment plus montrés en salle...

Alors des belles choses pour 2015 ? Pas certain. THE LAZARUS EFFECT a des critiques épouvantables, PARANORMAL ACTIVITY 5 sera certainement mauvais et OUIJA est apparemment raté. Reste le remake d'AMYTIVILLE par le talentueux Franck Khalfoun, collaborateur et ami d'Aja. On peut y croire, en attendant avec une impatience démesurée 2016 et la sortie de CONJURING 2 !

QUAND L'HORREUR NE FAIT PLUS PEUR
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