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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

critique de BIG EYES

Publié le 19 Mars 2015 par Romain Jankowski

critique de BIG EYES

Voici le retour de Tim Burton après trois ans d'absence et son étrange FRANKENWEENIE (il avait sorti la même année le moyen DARK SHADOWS). Fan du travail de Margaret Keane, sujet de BIG EYES où l'on voit cette femme se faire voler peu à peu son oeuvre par son mari, le cinéaste porte à l'écran le scénario écrit par Larry Karaszewski et Scott Alexander. En gros la même équipe que le prodigieux ED WOOD. Pour le même résultat ?

Malheureusement non, loin de là. Tim Burton, en perdition artistique depuis quelques films, n'arrive jamais à poser son empreinte sur cette intrigue. Il déroule de manière mécanique un biopic proche de l'hagiographie, pas déplaisant, mais trop désarticulé. Il y aura bien quelques plans cadrés comme des tableaux vivants, quelques effets de montage osés mais c'est tout. Il n'y a jamais de force, de puissance émotionnelle, d'empathie. On ne sait même plus trop quoi penser du film à mi-parcours. L'art populaire contre élitiste ? Expédié en deux scènes. La situation de la femme dans les années 50 ? En trois lignes de dialogues et une séquence ridicule dans l'Eglise. La bataille juridique et journalistique ? Bien peu creusée. Alors en fait, à quoi s'intéresse BIG EYES ? Le problème réside là, dans sa manière de partir dans tous les sens, d'évoquer la religion de Margaret Keane sans en comprendre l'impact qu'elle a dans sa vie (elle est devenue témoin de Jéhovah), de surligner chaque action par une désespérante voix-off, de parler d'art sans véritablement entrer dans le sujet. Comme une compilation de saynètes, sans liant narratif, aux transitions parfois douteuses.

Bancal et paresseux, BIG EYES l'est assurément. Il se rattrape grâce au sujet, forcément fédérateur qui culmine dans une séquence judiciaire libératrice où justice est faite. L'ascension de cette femme, annonciatrice d'une révolution sexuelle à venir où les deux sexes s'égaliseront dans le travail et les droits (même si tout n'est pas encore parfait de nos jours...), prisonnière d'un mari qui veut et prend tout, jusque l'âme de Margaret. Malheureusement, Christoph Waltz, merveilleux acteur au passage, est en complète roue libre. Il tire largement le film vers le bas avec son interprétation grandiloquente et souvent ridicule. Amy Adams s'en sort mieux, se révélant plus naturelle.

Non, BIG EYES n'est pas le meilleur film de Tim Burton. Il est juste symptomatique de la veille prolongée d'un auteur hors du commun à l'univers singulier qui s'est perdu dans les limbes hollywoodiennes depuis son désastreux CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE. Un peu à l'image de sa muse, Johnny Depp, il est un artiste qui n'ose plus, qui se conforte dans un universalisme agaçant, préférant même commencer à parler de suites. La preuve ? BEETLEJUICE 2 est en production, ALICE AU PAYS DES MERVEILLES 2 aussi et le pire c'est qu'il pense même donner une séquelle à son plus grand chef-d'oeuvre : EDWARD AUX MAINS D'ARGENT ! Prions que Burton se réveille.

BIG EYES 1h47

Film réalisé par Tim Burton

Avec Amy Adams, Christoph Waltz, Krysten Ritter, Danny Huston

NOTE GLOBALE 10 / 20

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