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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

LE MONSTRE SACRE : JEAN GABIN

Publié le 6 Février 2015 par Romain Jankowski

LE MONSTRE SACRE : JEAN GABIN

Une fois par mois, un grand acteur de l'Histoire du cinéma sera mis à l'honneur sur le blog. Comme déjà promis, le premier c'est Jean Gabin, l'un des plus grands acteurs français de tous les temps, capable de tout jouer et doté d'un charisme extraordinaire.

Jean-Alexis Moncorgé de son vrai nom, né en 1904 d'un comédien ayant grand peine à gagner sa vie et d'une chanteuse de caf' donc', grandit seul, allergique à l'école. Après la première guerre mondiale et la mort de sa mère, il trouve un emploi aux Folies bergère grâce à son père durant un moment et débute sa carrière au cinéma dans CHACUN SA CHANCE, l'un des premiers films parlant de l'Histoire. Mais la consécration vient 5 ans plus tard dans le chef d'oeuvre absolu de Duvivier LA BANDERA où il campe un légionnaire coupable de la mort d'un homme et qui s'engage alors dans la légion espagnole pour échapper au policier qui va finalement le suivre. Ils deviendront par la suite amis durant la guerre du Rif, contexte au film. Témoignant de la dureté de la condition humaine et de la mince frontière du bien et du mal, LA BANDERA est incroyable dans le dynamisme de sa mise en scène, dans la touchante histoire virile qu'il montre entre deux hommes qui se ressemblent plus qu'ils ne le pensent et à Gabin de trouver un rôle qui lance définitivement sa carrière. Il enchaînera avec le même cinéaste dans LA BELLE EQUIPE, échec public à l'époque d'une terrible crise sociale, il résonne aujourd'hui, plus que jamais, d'actualité.

Il contacte ensuite le duo Prévert-Carné pour un autre grand film QUAI DES BRUMES, nouvel échec en son temps, jugé trop sombre. Tout comme l'incommensurable LA GRANDE ILLUSION de Renoir, film d'une beauté absolue. Après la guerre, Gabin migre aux Etats-Unis et sa carrière se stoppe jusqu'en 1951 où Ophuls le fait jouer dans LE PLAISIR, pas le plus marquant mais indiscutablement une nouvelle rampe de lancement pour le comédien qui jouera, en 1954, dans l'un des grands classiques français TOUCHEZ PAS AU GRISBY de Becker. Et celui-ci d'ouvrir une brèche dans une carrière qui connaîtra ses points culminants dans les années 50 avec, entre autres, LA TRAVERSEE DE PARIS, FRENCH CANCAN ou encore LES GRANDES FAMILLES. Il joue tout, du paysan au policier en passant par le rôle d'un restaurateur dans le grandiose VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS. Gabin est à l'apogée de sa carrière, lui qui est considéré comme une "gueule", au jeu parfois appuyé, correspondant totalement aux films de cette époque, plus théâtral et qui va malheureusement s'éteindre peu à peu à l'orée d'une révolution dont il ne peut être l'étendard: la fameuse NOUVELLE VAGUE.
Même si les années 60 le verront cabotiner à outrance dans des rôles très secondaires comme LE TATOUE avec Louis De Funés, il trouvera l'un de ses derniers souffle dans le grandiose LE PRESIDENT d' Henri Verneuil. Décédé en 1976, Gabin est une figure incontournable du cinéma. Son ton bourru, sa voix et son corps qui en imposent, ne possédant peut-être pas beaucoup de nuances à l'instar de Gérard Depardieu mais qui ont ça en commun de pouvoir TOUT jouer. D'être une force et un magnétisme pour le spectateur. C'est frappant quand on regarde un film avec Jean Gabin, la faculté qui l'avait de manger la pellicule sans forcément le vouloir, laissant souvent une grande place aux autres comédiens. C'est peut-être même dans ce partage qu'il est le meilleur, cet homme que l'on disait pudique et timide. Mais pour nous, un véritable témoignage d'une époque révolue.

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