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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

critique de FOXCATCHER

Publié le 13 Février 2015 par Romain Jankowski

critique de FOXCATCHER

Nouveau film de Bennet Miller, après le chef d'oeuvre TRUMAN CAPOTE et le sympathique LE STRATEGE, FOXCATCHER se révèle tout à fait différent avec son ambiance froide et rude, parlant du désenchantement du rêve américain porté par un trio d'acteurs en tout point exceptionnel : Channing Tatum, Mark Ruffalo et surtout Steve Carell, incroyable en John Du Pont.

Alors que l'on pourrait le juger comme académique à première vue, il en retourne tout l'inverse à sa vision. Pas de grandes élancées de violons, pas de tire-larmes. Ici, tout est contenu, mouvement des corps, difficulté de s'accepter soi-même, domination par l'argent. Mark Schultz, lutteur médaillé vit dans l'ombre de son frère, Dave Schultz. Mais John du Pont, l'homme le plus riche d'Amérique va alors prendre Mark sous son aile. Mais peu à peu, une relation étrange les lie, celle de la domination par l'argent et bientôt celle de la peur. Car du Pont est un homme psychotique au refoulement sentimental probant. Ses relations avec une mère castratrice et celles avec les femmes, inexistantes. On sent son ombre menaçante à chaque plan et le maquillage, un peu trop appuyé, a au moins le mérite de suggérer celle-ci. Tel un corbeau qui tourne autour de ses proies. Steve Carell montre tout l'ambiguïté d'un personnage hors du commun, terrifiant mais compréhensible. Miller a l'intelligence de se pencher sur son enfance et de montrer sa mère, source de toutes les névrose de John. Gravite autour de lui les frères Schultz. L'un, perdu, Mark qui va trouver un père de substitution en John et l'autre, le frère dominant, Dave qui va reprendre la place que Mark occupait dans le coeur de John, au milieu du récit. Tout cela dans un trio d'hommes qui ne se parlent pas et qui relâchent leur mal-être dans la lutte, sport anti-spectaculaire au possible.

Mais dans le fond, FOXCATCHER parle de l'interdépendance entre la domination monétaire et donc sociale de du Pont sur les deux frères jusque commettre l'irréparable et un rêve américain dépassé,se valorisant sur cet honneur de faire partie d'un grand pays. La dimension sociologique est sacrément bien travaillée et la psychologie remarquablement amenée grâce aux silences ( le film comporte peu de dialogues) et à ces séquences de luttes sourdes où les corps s'entrechoquent et se mêlent dans un ballet presque sensuel.

Malgré toute cette réussite artistique indéniable et un trio d'acteur épatant, Miller se perd dans une longueur qui en rebutera plus d'un, jouant parfois sur la redondance au risque de lasser. On a cette désagréable sensation d'une volonté d'anti-conformisme proclamée comme pour casser l'image première du film. A la différence du grandiose A MOST VIOLENT YEAR, qui déjoué les codes sans en faire un argument. Parfois, FOXCATCHER se montre hautain et bien trop éloigné sentimentalement du spectateur pour en ressortir une quelconque émotion chez ce dernier. Ce qui l'empêche d'être l'un des grands films de ce début d'année.

FOXCATCHER 2h14

Film réalisé par Bennet Miller

Avec Channing Tatum, Steve Carell, Mark Ruffalo, Anthony Michael Hall.

NOTE GLOBALE 14 / 20

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