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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

critique de 50 NUANCES DE GREY

Publié le 14 Février 2015 par Romain Jankowski

critique de 50 NUANCES DE GREY

Le film-phénoméne tant attendu, tant décrié, tant adulé par les lectrices du roman qui ont adoré cette idylle entre Christian Grey, homme riche d'affaire et Anastasia Steele, étudiante vierge. Rien que l'histoire est improbable mais passons. Parlons cinéma. Alors que vaut-il ?

Le pire c'est qu'on a faillit y croire. Parce que le montage initial avec la superbe musique "You're mine" est vraiment bien fichu et assez mystérieux ( on ne voit jamais le visage de Grey ). Et l'entrevue entre les deux plutôt pas mal réalisé, les acteurs jouant justes et le spectateur captant bien l'ambiguité morale et sexuelle des deux personnages. Me serais-je alors trompé ? Le livre était certes mauvais mais aurait-il réussi leur film ? Je vous vois déjà, fans absolus de cette saga, entrain de vous réjouir que j'ai peut-être été agréablement surpris du film. Je vous rassure : non.

Tout simplement non. Dés que la relation entre les deux s'installe ( en gros après le rendez-vous...) l'intrigue part dans tous les sens. Au final, au bout de deux longues heures insoutenables de fausse pudibonderie, de fausse histoire d'amour et de faux "jeux érotiques", on se rend compte que 50 NUANCES DE GREY est la pire arnaque marketing de la décennie. Non, il n'y a rien de romantique. On ne croit pas une seule seconde à ces personnages improbables entre Grey, cet homme d'affaires lisse dont la mère qu'il n'a pas connu été prostituée ( quel enjeu dramatique ! ) et cette insupportable Anastasia Steele, tellement énervante et inutile qu'on se demande encore comment certaines femmes se sont reconnues en elle. Les acteurs n'arrangent rien : les mordillements de lèvres de Dakota Johnson sont plus hilarants qu'autre chose et les froncements de sourcils TROP méchant et TROP mystérieux de Jamie Dorman laissent à désirer. La palme du débile revient aux dialogues, tellement nuls qu'on se demande comment la production a pu valider ça. Le film détourne toutes les règles de la dramaturgie cinématographique de base, n'expose jamais de noeuds dramatiques, est sans cesse dans la redondance. Pendant 2h05, le film joue sur un seul suspense, le plus mince de l'Histoire du cinéma : craquera t-elle aux avances SM de Grey ? Sans blague. Tout est un brassage de vide, de néant artistique jusque cette scène ridicule où Grey donne une vilaine fessée à Steele. Le pire, c'est que le film joue sur la même dramaturgie que TWILIGHT, à savoir le bellâtre qui a un secret et qui va se révéler peu à peu. La filiation saute aux yeux quand Grey emmène Steele dans la forêt. On est à la limite du plagiat ! Ici le vampirisme est juste remplacé par le sadomasochisme. Rien de plus logique car l'auteure du livre a toujours revendiquée l'étroitesse des deux oeuvres. Sauf que TWILIGHT était bien plus élaboré.

Entre le niveau bas de gamme de l'intrigue et son manque de personnalité, il n'y a rien à sauver dans 50 NUANCES DE GREY. Je ne vais pas en vouloir à la talentueuse réalisatrice qui n'a pas eu son mot à dire à cause de la trop grande place qu'a pris l'auteure du bouquin qui est aussi productrice. La réalisation est évidemment mauvaise, la lumière et les cadrages peu travaillés. Enfin, parlons d'une dernière chose et pas des moindres : le sexe. Le film a tellement été vendu sur ce postulat, à tort, que beaucoup de spectateurs n'y vont que pour cela. C'est là que je ne comprends pas : comment l'auteure du livre peut-elle laisser le département marketing vendre son oeuvre comme telle ? Elle crie à tout bout de champ que ce n'est pas le coeur de son histoire mais tout est axé la-dessus ! Même l'intrigue ne tourne qu'autour de ça ! La preuve que leur but est de prendre les spectateurs pour des imbéciles. Et le plus inquiétant c'est que ça marche. Et pour en revenir aux scènes de sexe, ne vous réjouissez pas : on ne voit quasiment rien. Des seins, des fesses, des coups de cravache. Et une caméra qui se détourne dans une métaphore à vomir ( se concentrant sur un tableau où une mer se déchaîne, vive le sous-entendu !) et des fondus enchaînés couplés avec des musiques pop qui plombent littéralement chaque scène.

Voilà. 50 NUANCES DE GREY sera un carton, totalement révélateur des goûts peu exigeants du spectateur moderne. En tout cas pour ceux qui aime le vrai cinéma et qui sont intéressés par le sujet, préféré NYMPHOMANIAC de Von Trier ou le chef d'oeuvre du genre EYES WIDE SHUT de Kubrick.

CINQUANTE NUANCES DE GREY 2h05

Film réalisé par Sam-Taylor Johnson

Avec Dakota Johnson, Jamie Dorman, Jennifer Ehle, Eloise Mumford.

NOTE GLOBALE 04 / 20

critique de 50 NUANCES DE GREY
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