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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

Ridley Scott, le réalisateur incompris

Publié le 29 Décembre 2014 par Romain Jankowski

Ridley Scott, le réalisateur incompris

Parler de Ridley Scott est délicat tant sa réputation indiscutable est mis à mal depuis plusieurs années. On critique son révisionnisme historique, ses envolées spectaculaires au mépris du scénario, son manque d'idées, son arrogance... Il est devenu le sujet difficile à Hollywood, lui qui, du haut de ses 77 ans, n'a plus rien à prouver à personne. Alors pourquoi ce cinéaste est-il devenu la cible privilégiée des détracteurs en tout genre ? Pourquoi ces films sont-ils rejetés aujourd'hui ? Questions épineuses...

Le premier fait d'armes du jeune Ridley en 1977 s'appelle LES DUELLISTES, qui obtint d'ailleurs le prix de la meilleure première oeuvre au festival de Cannes. Tout son style est déjà présent et notamment sa capacité à traduire une ancienne époque à l'écran. La qualité des décors et la précision des costumes donnent une vraie crédibilité à l'ère napoléonienne. Même 37 ans après, le film reste visuellement très bon et a peu vieilli. Mais ce n'est que le prémisse des années dorées de Scott. Il enchaîne avec ALIEN que l'on ne présente plus, odyssée spatiale magistrale, claustrophobique et redoutablement anxiogène. Il explore les rapports humains, leurs réactions face à la peur et l'isolement et met surtout en scène l'une des plus légendaires créatures de l'Histoire. Une saga qui sera suivie de très bons autres films, surtout le deuxième réalisé par James Cameron. Mais pour Scott, la SF ne s'arrête pas là. Il réalise, trois ans plus tard, BLADE RUNNER appelé à être l'une des oeuvres fondatrices du genre. Gagnant son culte au fil de ses sorties vidéos, il parle une nouvelle fois ici des rapports humains avec sa photographie désenchantée qui deviendra une véritable marque de fabrique. Pour beaucoup, BLADE RUNNER est la quintessence du cinéaste, SON meilleur film. Peut-être pas si faux tant il a tout maîtrisé sur celui-ci, a imposé ses influences ( METROPOLIS) et son orientation scénaristique. Il sera suivi de LEGEND, chef d'oeuvre absolu de la fantasy, d'une beauté sans nom avec la star naissante Tom Cruise. Certainement le plus sous-estimé de la carrière du cinéaste.

Son intérêt pour la corruption et la rédemption, sa grande influence judéo-chrétienne ( qu'il adaptera de front avec son KINGDOM OF HEAVEN), son style crépusculaire à la photographie sombre, sa direction d'acteurs et son intérêt pour la fragilité de l'âme humaine sont autant de thèmes abordés régulièrement par Ridley Scott. Ses premières réalisations commencent à dessiner ces contours et il montre, visuellement en tout cas, une cohérence remarquable durant toute sa carrière. Mais à cause de l'échec public et critique de BLADE RUNNER et LEGEND, il veut, en 1987, revoir les sommets du box-office avec l'un des pires longs métrages de sa filmographie, TRAQUEE. Très loin de son art, ressemblant à un clip mal monté, le cinéaste est entrain d'emprunter une mauvaise passe qui se confirmera avec BLACK RAIN et la plupart de ses autres films des années 90, sa pire décennie. Celle qui marquera au fer rouge sa rupture avec les critiques. L'ignoble 1492, CHRISTOPH COLOMB et les décevants A ARMES EGALES et LAMES DE FOND résonnent comme des échecs retentissants autant que comme des films ratés. Pas visuellement, mais au niveau de l'écriture. Les héros deviennent caricaturaux et sans profondeur. Il agace par sa surenchère, son didactisme pourtant absent au début de sa carrière. THELMA ET LOUISE restera le seul réussi de la décennie.

Chez Ridley Scott, un film est d'abord une longue pré-production, un grand travail de recherche, quasi-maniaque. Son retour au péplum avec GLADIATOR est grandement attendu à l'orée des années 2000 et il ne décevra pas, recevant les éloges des critiques et un grand succès public. Il a propulsé Russell Crowe au rang de stars, fait revivre un genre qui n'avait plus vu les salles de cinéma depuis plus de 30 ans et a surtout offert une histoire remarquable avec son spectacle grandiose et son héros valeureux. Il filme alors la guerre contemporaine dans LA CHUTE DU FAUCON NOIR, au trait redoutablement réaliste mais finalement un peu forcé. Il continuera avec le redoutable KINGDOM OF HEAVEN, épopée furieuse et redoutablement intelligente dans ses thèmes abordés. Alors pourquoi n'a t-il pas totalement convaincu ? La faute à certaines digressions de la part du cinéaste mais aussi à quelques inventions mal venues et mal accueillies surtout lorsque l'on aborde les croisades et la terre sainte Jérusalem. Il y a des inexactitudes historiquement parlant et certains lui montreront de manière virulente. Pourtant, surtout en version longue, il s'avère être l'un des plus réussis de sa carrière. Techniquement irréprochable et ayant eu la bonne idée d'engager Orlando Bloom, très à l'aise dans son rôle, KINGDOM OF HEAVEN montre une générosité extrême marquée probablement par l'engouement du cinéaste pour le sujet. Mais celui-ci va finalement marqué le progressif malentendu de Scott avec les cinéphiles. UNE GRANDE ANNEE, étrange chose que l'on aurait préférer ne jamais voir, est une anomalie dans sa carrière. PROMETHEUS va se faire lyncher par son manque de cohérence. CARTEL, trop subtil, sera rejeter malgré un casting de stars énorme. ROBIN DES BOIS sera considéré sans âme et prévisible. Seul AMERICAN GANGSTER et MENSONGE D'ETAT seront jugés positivement.

En 2014 sort donc EXODUS, film polémique bien avant sa sortie ( en même temps quand on parle de textes religieux, c'est souvent le cas...) et fortement critiqué de tout bord. Encore une fois Ridley Scott déchaîne les passions. On pourra regretter une carrière, comme on l'a vu, inégale mais pourtant plutôt cohérente. Son cinéma est une quête sacrée de l'image qui touche souvent au sublime même si il sacrifie parfois ses scénarios pour être "beau". Le malentendu avec de nombreux cinéphiles relève d'un fantasme Kubrickien que personne n'a réellement vu. Mais aussi d'un rêve absurde de le voir pratiqué le même genre de film. Il a déclaré "Pourquoi se cantonner à un genre ? Mon genre, c'est le bon cinéma."Il en devient une personne étrange, inaccessible et mégalomane. Il montre une assurance agaçante pour certains, il fait vivre un enfer à ses techniciens sur le plateau de tournage par son omniscience, il a un franc-parler qui gêne. Quoiqu'il fasse, et il en est conscient, il ne sera JAMAIS le cinéaste adoré de tous. Il a cherché la reconnaissance sans la vouloir véritablement, revient à la saga qui l'a fait connaître avec PROMETHEUS sans vraiment y croire et donne tout ce qu'il a pour les épopées guerrières et héroïques. Ridley Scott et ce fameux malentendu ne disparaîtront jamais. Son ambition et ses contraires, l'insaisissable et le populaire. Il est tout ça à la fois.

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